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Déclaration du Procureur de la CPI suite au transfèrement du premier suspect dans le cadre de l'enquête au Mali: « Les attaques intentionnelles contre des monuments historiques et bâtiments consacrés à la religion constituent des crimes graves »

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La remise par les autorités du Niger ainsi que le transfèrement à la Cour pénale internationale (« CPI » ou la « Cour ») ce jour du suspect, Ahmad Al Faqi Al Mahdi marquent une évolution favorable. Il s'agit d'une étape importante dans la lutte contre l'impunité, non seulement au Mali, mais aussi dans la région africaine du Sahel et du Sahara, dont les populations ont été victimes ces dernières années de crimes odieux.

Ahmad Al Faqi Al Mahdi, également connu sous le nom d' « Abou Tourab », est accusé du crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre dix bâtiments consacrés à la religion et des monuments historiques dans la vieille ville de Tombouctou, au Mali. Membre zélé d'un groupe armé auto-proclamé « Ansar Dine », il a joué un rôle prépondérant et actif dans le fonctionnement de la structure locale établie pendant l'occupation de Tombouctou par le groupe en 2012, comme expliqué dans la demande de mandat d'arrêt soumise par mon Bureau qui a conduit à sa remise.

Le peuple du Mali mérite que justice lui soit rendue pour les attaques contre ses villes, ses croyances et ses communautés. Que les choses soient claires : les charges portées à l'encontre de Ahmad Al Faqi Al Mahdi portent sur des crimes extrêmement graves; elles concernent la destruction de monuments historiques irremplaçables. Il s'agit d'une attaque impitoyable contre la dignité et l'identité de populations entières, contre leurs racines religieuses et historiques. Les habitants du nord du Mali, principales victimes de ces attaques, méritent que justice soit faite.

Les attaques intentionnelles contre des monuments historiques et bâtiments consacrés à la religion sont des crimes graves relevant du Statut de Rome - le traité fondateur de la CPI, adopté par plus de 120 états à travers le monde. Un comportement aussi répréhensible ne saurait rester impuni plus longtemps.  Il est dit à juste titre que « le patrimoine culturel est le miroir de l'humanité. » Ces attaques touchent l'humanité tout entière. Nous devons protéger notre patrimoine commun de la dégradation et de la destruction.

C'est la première fois que mon Bureau, sur la base des éléments de preuve recueillis dans le cadre de ses enquêtes, porte de telles accusations contre un suspect devant la Cour. Nous allons poursuivre notre travail pour mettre en évidence la gravité de ces crimes avec l'espoir que ces efforts préviendront la commission de telles exactions à l'avenir.

Je suis reconnaissante aux autorités du Mali et du Niger pour leur coopération dans cette opération de remise. Je remercie également les autres acteurs régionaux et internationaux qui facilitent le travail de la Cour dans cette région.

Il s'agit de la première mesure importante que nous prenons dans le cadre de la situation au Mali et qui découle directement de nos enquêtes. J'ai bon espoir que notre étroite collaboration avec les autorités maliennes servira notre cause commune qui consiste à traduire en justice les principaux responsables des atrocités commises dans ce pays.

Source : Bureau du Procureur